Parc national du Mercantour
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Isabelle Lhommedet

Vallée de la Tinée et de la Roya

Chargée de mission patrimoine culturel et paysages

"Ne jamais rien prendre pour acquis !"

 

Isabelle Lhommedet

Portrait par Eric Lenglemetz
Recueil de témoignage par Noëlie Pansiot

 

Le patrimoine culturel : connaître hier, savoir demain

Je m’occupe des patrimoines culturels au Parc national du Mercantour. Cela concerne tout ce qui touche à l’archéologie, à l’histoire, au bâti, au patrimoine matériel et immatériel, ce sont donc des thématiques très larges. On a quand même une grosse partie de notre activité autour de l’archéologie, avec la gestion du site de la vallée des Merveilles et des gravures rupestres du Mont Bego, ainsi que celle du site archéologique de la Tournerie, qui sont les deux grands projets qui m’occupent.

Quand je parle de patrimoine culturel, cela implique une notion d’héritage qui a trait à l’homme et à toutes les activités qu’on a pu mener sur le territoire.

Pourquoi s’occuper du patrimoine culturel ? C’est à la fois prendre du recul sur ce qui s’est passé avant ; voir où on en est aujourd’hui et envisager ce que cela nous apportera dans l’avenir. C’est cette relation de construction et d’héritage, qui est vraiment à prendre dans une démarche prospective, de construction de l’avenir.

L’enjeu est de ne pas rester dans du figé et de voir qu’il y a des choses qui existaient avant et que ça nous amène toujours plus loin vers l’avenir.

 

Le sanctuaire de la Tournerie

Sur le site de la Tournerie par exemple, ce volet est très important et on apprend beaucoup par les fouilles archéologiques. Ce site archéologique se situe sur la commune de Roubion où l’on a découvert un sanctuaire gaulois de l’âge du fer, occupé entre le Vème et le IIème siècle avant notre ère. Situé à 1800 mètres d’altitude, il nous renseigne de manière importante sur une période qui était assez méconnue à l’échelle du Mercantour. Du coup, cela nous ouvre aussi des perspectives inégalées sur l’occupation du territoire à cette époque-là et nous démontre que finalement tout est progressif.

Travailler sur les patrimoines culturels, c’est ainsi donner la capacité à transmettre des connaissances pour l’avenir, c’est réfléchir sur la montagne telle qu'elle était avant, sur la montagne d'aujourd’hui grâce à l'acquisition de nouvelles données et donc aussi se donner des clés pour avancer.

Un des éléments intéressants sur le site de la Tournerie est ainsi l’utilisation du cuivre. On a retrouvé beaucoup de métaux, d’armes et de pièces de monnaies, notamment avec un trésor dit massaliote constitué de 42 pièces de monnaie frappées de la Marseille grecque. La découverte de ce trésor sur le site a beaucoup interrogé. On suppose que l’exploitation du cuivre qu’il y avait dans le proche secteur du Dôme du Barrot justifie la présence de ces monnaies et que cette exploitation permettait des échanges très éloignés, relation que l’on ne supposait pas du tout avant cette découverte. En effet, les distances sont grandes entre Marseille et la Tournerie et ils n’avaient pas les moyens de déplacement que nous avons aujourd’hui. Pourtant, ces distances-là semblent avoir été parcourues par du commerce et des échanges qu’on ne soupçonnait pas du tout. Bien évidemment, ce ne sont que des hypothèses.

 

Une remise en cause permanente

Ne jamais rien prendre pour acquis ! Je mets cela en perspective par rapport, par exemple, aux idées bien ancrées que l’on a toujours eues sur le pastoralisme… Découvrir un site comme celui-ci nous montre l'existence d'un pastoralisme qui n'était pas saisonnier. Il y avait une occupation permanente, avec une structuration sociale forte qui avait un impact sur le territoire.

On s’aperçoit que la mémoire dite ancestrale est en fait très récente, elle représente deux, trois générations maximum.

Aller piocher dans des sites comme ceux-là, des sites séculaires et millénaires, nous ouvre sur des temps qui vont au-delà de notre génération. Cela nous éclaire beaucoup. Ca nous éclaire beaucoup. Cela signifie que rien ne doit être pris pour acquis, même ce que nous nous transmettions de génération en génération comme une parole d’évangile.

La découverte du site de la Tournerie nous a permis d'émettre de nouvelles hypothèses qui viennent en contradiction complète avec l’image et les connaissances que l’on pouvait avoir jusqu’à aujourd’hui.