Parc national du Mercantour
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Langues de montagne : communiquer dans les Alpes du sud

Ce sont, en fait, plusieurs questions qui se posent quand on parle de la linguistique dans l’espace alpin. Il y a, d’une part, la toponymie qui lui est spécifique et, de l’autre, l’articulation entre les grandes familles de langues qui se partagent cet espace.
La toponymie, qui constitue l'ensemble des noms de lieux liés à la ou aux langue(s) parlée(s) ou disparue(s), s'avère relativement unitaire, offrant des racines identiques d’une extrémité à l’autre de la chaîne.
Les langues parlées relèvent, pour leur part, de systèmes très différents à l'échelle de l'espace alpin, même si elles possèdent un tronc commun.
Les petits textes ci-dessous vous offrent une découverte du gavot, une de ces langues locales caractéristiques des Alpes du sud comme le tendasque qui font partie du patrimoine immatériel précieux de nos territoires.
Un éleveur et son troupeau dans le vallon du Bachelard au premier jour de l'été

Un éleveur et son troupeau dans le vallon du Bachelard au premier jour de l'été, par F.Breton/PNM

 

Pour plus d'informations :

 

Quelques petites histoires (vraies) de Barels

Propos en gavot  recueillis par Malou Laugier auprès de Ines Bauleo, Anna Cazon-Alfonsi et Yves Nicolas et traduits en français par Bernard Graille.

 

Lou Cura e lei raiolo

A Barels per la Sant' Elisabeth, li avio un cura e l'avioun invita a manja .

L'apres miedjou lei vespro sounavoun. Lou gran paire de Bouchaniero, pepe Simon a ditch : « Moussu lou Cura, lei Vespro suonoun . « Oh », dit lou cura, « laicho souna lei Vespro » ;

 

La damo que l'avia invita luei dit : « Moussu lou cura, li a encaro de raiolo ! » Lou cura se pren uno pugnaou de raiolo e se lei mette a la potcho. N'en pren encaro uno pugnaou e se lei mette mai a la potcho...

Un de per darrié l'a vist e li a fa « Moussu lou Cura, voules pas un poù de soùço ? »
Ines Bauleo

Le curé et les raviolis

Autrefois, à Barels, il y avait un curé. Nous l'avions invité à manger pour la Sainte Élisabeth.

L’après-midi, la cloche a sonné. Mon grand-père de Bouchanières, le père Simon lui dit : « Monsieur le Curé, on sonne les Vêpres ».

« Oh ! » dit le curé « laisse sonner les Vêpres ... »

La dame qui l' avait invité ajoute: « Monsieur le Curé, il y a encore des raviolis ! » Le curé prend une poignée de raviolis et se la met dans la poche... Il en prend une deuxième poignée et se la met encore dans la poche.

 

L'un d'entre nous qui l'avait vu lui dit alors : « Monsieur le Curé, vous ne voulez pas aussi un peu de sauce ?»

 

L'oùceloun e la mulo

D'estioù anavou au Serre e amé tanto Maria gardavian las vachos.

Un jou arribo Baptistin amé sa mulo. Venio cherca de blà ; ioù aviou trouba un oùceloun.

Aloura, Baptistin me digué : « Nana, se chanjavan l'oùceloun amé la mulo ? »

 

Ioù li ai douna l'oùceloun ma eoù la laicha escapa...Es reparti amé sa mulo.…

Anna Alfonsi-Cazon

L'oiseau et la mule

L'été, j'allais au Serre et avec ma tante Maria nous gardions les vaches.

Un jour nous vîmes arriver Baptistin avec sa mule. Il venait chercher du blé ; moi, j'avais trouvé un oiseau.

Baptistin me dit : « Anna, si nous échangions ton oiseau avec ma mule ? »

 

Je lui ai donné l'oiseau, mais il l'a laissé s'échapper...Il est reparti avec sa mule !

 

La vieiho e lei dous sant

Un jou, vouiajavoun dous Sant. Soù pas se ero San Peire amé un autro sant...m'avioun ditch lou noum, ma ioù me n'en rapeleu plus.

Aloura soun ana en aco de uno vieiho fremo que avio un gros mouloun de blà . An manja un, dous, tres jou e se levavoun jamai.

Un matin la vieiho li es ana amé lou bastoun per le faire leva. Se soun puei leva, ma an fa mies qu'aco...an alluma un fuec e lou fuec a brula la paio e a resta que lou gran.

L'an d'apres an mai passa en aco de la vieiho. Ma la vieihlo lous a plus voulgu. A ditch «Me lou faou aquest an » ...Soulamen a tout brula : lou gran amé la paio !

Yves Nicolas

La vieille et les deux saints

Un jour sont passés deux saints en voyage. Je crois que c'était Saint Pierre avec un autre saint...on m'avait dit son nom mais je ne m'en rappelle plus.

Ils sont allés chez une vieille femme qui avait un gros tas de blé. Ils en ont mangé un jour, deux, trois jours et ne s'en allaient plus .

Un matin, la vieille est arrivée avec un bâton pour les faire partir. Ils sont bien partis, mais ils ont fait mieux...ils ont allumé un feu, ont fait brûler la paille et n'est resté que le grain.

L'année suivante, ils sont repassés chez la vieille, mais elle n'a plus voulu d'eux. Elle leur a dit « cette année je me le fais toute seule »

...Seulement elle a tout brûlé : le grain et la paille » .

Extrait de l’Atlas transfrontalier Marittime-Mercantour / JL Fontana