Parc national du Mercantour
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Gestion des alpages et parcours

Les alpages

 

 Troupeau d'ovins sur l'alpage de Longon en été

Troupeau d'ovins sur l'alpage de Longon en été , par Philippe Pierini

 

Le Parc national du Mercantour est constitué de vastes alpages d’altitude qui s’étendent sur plus de 100 000 ha. Ce sont en tout 192 alpages utilisés durant l’été par des troupeaux majoritairement d’ovins allaitant (destinés à la production de viande). Quelques alpages à dominance laitière perdurent encore néanmoins, notamment en Vésubie et en Roya.

Schéma d'orientation des alpages du Mercantour

Schéma d'orientation des alpages du Mercantour, par DR/PNM (Source : Enquête pastorale 2012-2014 (IRSTEA))

 

De forts enjeux écologiques sont présents sur ces zones d’alpage dont la quasi-totalité est située en site Natura 2000 et en cœur de Parc. Le pâturage par les troupeaux domestiques engendre une très grande palette d’effets sur les milieux naturels : tantôt totalement favorables, tantôt préjudiciables à leur maintien dans un bon état de conservation. Les pratiques pastorales sont donc, en fonction des situations particulières et des spécificités de chaque milieu et de chaque alpage, soit encouragées, soit accompagnées ou contrôlées.

 

Quelques exemples de milieux pâturés en alpage et leurs enjeux de gestion

Les pelouses et éboulis de l’étage alpin

Ils constituent souvent les quartiers d’août des alpages. Ils sont très fragiles du fait des conditions climatiques extrêmement rudes qui les rendent sensibles à l’érosion et à un pâturage trop intense, notamment dans les zones sédimentaires du nord-ouest du Parc. Ces milieux abritent des espèces remarquables comme la bérardie laineuse (présente dans les éboulis fins du nord-ouest du parc) ou la piloselle des glaciers (pelouses de l’étage alpin). Ils constituent également un des milieux de vie du lagopède alpin.

Les prés-bois et mosaïques de landes et mélézins

Ils sont l’habitat privilégié du tétras-lyre, espèce en déclin en France. Le pâturage de ces milieux, effectué à des périodes adaptées à la phénologie de l’oiseau, permet le maintien de la mosaïque d’habitats.

Les zones humides d’altitude

Elles sont présentes de manière plus dispersée sur les alpages au niveau des suintements humides des abords de sources et des vallons. Ces milieux sont le support d'une flore patrimoniale remarquable. Les zones humides sont parfois le seul accès à l’eau pour les troupeaux et la mise en place d’aménagements spécifiques peut s’avérer nécessaire pour éviter leur dégradation par le piétinement ou l’eutrophisation de l’eau liée aux déjections (mise en place de clôtures et d’abreuvoirs). A noter la présence dans le Mercantour du groupement du Caricion bicoloris, un habitat rare, hérité de la période des glaciations et en limite de répartition sud dans le Mercantour (composé notamment de deux espèces discrètes, le jonc arctique et le carex bicolore).

 

Zone humide au Lauzanier

Zone humide au Lauzanier, par E.Minssieux

 

Les zones intermédiaires (parcours)

Aujourd’hui, les alpages d’altitude sont pleinement utilisés, mais les zones intermédiaires et les fonds de vallées subissent une forte déprise due au recul de l’agriculture, alors que la conservation des milieux et des espèces de ces espaces est parfois liée au maintien de l’agropastoralisme. Il y a donc un fort enjeu de reconquête agropastorale sur ces secteurs. 116 zones de parcours intermédiaires ont été recensées dans l’aire d’adhésion du Parc national du Mercantour. Elles sont en majorité utilisées par des troupeaux ovins viande.

 

Schéma d'orientation des parcours du Mercantour

Schéma d'orientation des parcours du Mercantour, par DR/PNM

 

Pour aller plus loin :

Les actions du Parc sur les alpages et parcours

Le Parc s'est particulièrement investi dans la connaissance puis l'accompagnement de la gestion des alpages. Une grande partie des alpages a bénéficié de diagnostics pastoraux et tous les ans, des tournées de fin d’estive réalisées en collaboration avec le CERPAM permettent d’effectuer un suivi de l’état des pâturages et des enjeux écologiques associés.

 

La mise en œuvre de la politique Natura 2000

L’accompagnement des pratiques pastorales s’opère avant tout par la mise en place de contrats de partenariat avec les éleveurs. Depuis 2007, le Parc est ainsi responsable de la mise en place de ces mesures pour le site Natura 2000 "Le Mercantour" qui correspond à la zone coeur du Parc. Ces contrats, appelés « Mesure Agroenvironnementales et Climatiques (MAEC) » prévoient la mise en œuvre et le respect de plans de gestion éco-pastoraux par les éleveurs. Ces plans de gestion visent à assurer une gestion équilibrée des milieux pastoraux, afin de ne pas dégrader les milieux les plus fragiles (pelouses nivales, éboulis, crêtes...) et de garantir autant que possible un entretien des milieux comprenant des végétations grossières (queyrellins, landes, pelouses a Nard...). Ils prennent en compte le cycle de vie des espèces sensibles (tétras-lyre, lagopède alpin par exemple) et peuvent prévoir des interventions d’ouverture sur des milieux qui se referment (coupe de petits mélèzes et de pins, intervention sur la lande). En 2018, les éleveurs et bergers de 28 alpages sont engagés dans une démarche agroenvironnementale par la mise en œuvre d’un plan de gestion éco-pastoral.

Pour en savoir plus sur ce qu'est un plan de gestion pastorale, visionnez ci-dessous un épisode dédié des Chroniques du Mercantour :

Chroniques du Mercantour - Saison 1 - Episode 6 : plan de gestion pastorale, par 360 médias

 
Le déploiement du programme Alpages sentinelles dans le Mercantour

Dans le but d’anticiper l’impact des aléas climatiques et de favoriser l’adaptation des pratiques pastorales et des systèmes d’élevage, un programme de travail intitulé « Alpages sentinelles » a été mis en place à l'échelle de l'ensemble de l'arc alpin (initiative du Parc national des Ecrins en partenariat avec l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture - IRSTEA). Il s'appuie sur un réseau d’alpages et d’exploitations faisant l’objet de suivis, supports des échanges entre les acteurs concernés par la gestion de ces espaces.

Le contexte méditerranéen du Mercantour rend très prégnante la question du changement climatique sur ce territoire, qui connaîtra probablement une recrudescence des phénomènes de sécheresse estivale.

Depuis 2016, le Parc s’est investi dans le programme Alpages sentinelles en intégrant dans ce réseau les alpages de Sanguinière et du Col des champs, situés dans le haut-Var. Ces sites sont exploités par l'Ecole du Merle, centre de formation des bergers, qui est partie prenante dans la mise en œuvre du dispositif.

Les objectifs sont multiples : produire des connaissances scientifiques sur les dynamiques qui se nouent entre climat, milieux (biodiversité et ressource pastorale), pratiques pastorales et systèmes d’élevage à partir d’un suivi et d’analyses scientifiques ; travailler aux modes d’adaptation possibles des pratiques pastorales et des systèmes d’élevage, tout en intégrant un objectif de préservation de la biodiversité. Le grand atout de cette démarche est la dynamique d’échanges et de concertation construite entre gestionnaires territoriaux et environnementaux et acteurs de l’élevage, pour raisonner collectivement les enjeux de la gestion de ces territoires dans le cadre du changement climatique.

L'arrivée du Mercantour dans le dispositif a porté à 31 le nombre d'alpages sentinelles dans les Alpes. D’autres alpages seront intégrés dans le réseau dans les années à venir.

 

L’accompagnement des communes dans leurs projets pastoraux

Le maintien de l’agriculture dans les vallées et sa prise en compte dans les politiques locales constituent des enjeux-clés pour la richesse du patrimoine naturel et culturel du Parc national du Mercantour. Le Parc accompagne les communes lors de l’installation de nouvelles exploitations, il veille à la bonne prise en compte des enjeux écopastoraux dans les documents d’urbanisme et assiste les maîtres d’ouvrages dans le cadre de la rénovation des équipements pastoraux du cœur de Parc. Une étude, menée en 2016 a permis de faire un état des lieux des besoins en équipements pastoraux en alpages. Le constat est un manque d’équipements pastoraux de qualité dont une grande partie des cabanes pastorales qui n’assurent plus de bonnes conditions de vie pour les bergers présents l’été pour le gardiennage des troupeaux.