Parc national du Mercantour
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Tétras-lyre

Un tétras-lyre (Tetrao tetrix ou Lyrurus tetrix) mâle en période de parade au mois de mai

Tétras-lyre (Tetrao tetrix) mâle dans la neige au mois de mai en période de parade, par Jacques Blanc

Nom scientifique : Tetrao tetrix

 

Identification

Le tétras-lyre, appelé aussi petit tétras ou petit coq de bruyère, fait partie des Galliformes de montagne. Les deux sexes sont très différents par leur taille et leur teinte, ils se distinguent donc aisément. Le mâle ou coq possède un plumage noir luisant avec des reflets bleutés, ses ailes sont brun-noir avec une barre blanche, le dessous des ailes et de la queue est blanc. La queue se termine en forme de lyre, ce qui lui vaut son nom. Au dessus de l’oeil se trouve une caroncule rouge vif (excroissance charnue comme celle qui pend à la base du bec des dindons), très développée au moment des parades. La femelle, ou poule, porte une livrée plus terne brune roussâtre barrée de noir, avec du gris sur les flancs et le ventre, sa queue est courte. Le coq pèse en moyenne 1,3 kilos, alors que la poule dépasse rarement les 950 grammes.

Habitat

C’est une espèce qui affectionne les climats froids et qui recherche des territoires enneigés durant l’hiver. En France, après sa disparition récente des Ardennes, l’espèce n’est plus présente que dans les Alpes entre 1400 et 2300 mètres d’altitude selon les régions. Le massif de l’Argentera-Mercantour constitue la limite sud de l’aire de répartition de cet oiseau. On le rencontre à la lisière supérieure de la forêt à l’étage subalpin. C’est typiquement un oiseau de l’interface entre forêt et milieux ouverts.

Comportement

D’un naturel discret et très farouche, le tétras-lyre se révèle bien plus visible et bruyant pendant la période des parades au printemps. Son comportement est alors spectaculaire. Les coqs se regroupent sur une arène où ils chantent et paradent tous les jours à l’aube pour attirer les femelles. Celles-ci viennent, choisissent, s’accouplent… et s’en vont pour faire leur nid. Les petits quittent leur nid dès l’éclosion pour suivre leur mère dans les pelouses et prairies alpines. Ils restent ensemble durant trois mois, puis les jeunes tétras se dispersent en fin d’automne. A l’automne, des regroupements ont lieu et il n’est pas rare d’observer une dizaine d’oiseaux ensemble, les mâles se remettent souvent à chanter et à parader. A l’entrée de l’hiver, les poules peuvent effectuer des déplacements importants pour gagner des sites où la nourriture est plus abondante. Au contraire, les coqs sont territoriaux et restent à proximité des places de chant. Durant l’hiver, leur activité est réduite au strict minimum et ils passent près de 22 heures par jour à l’abri d’un igloo qu’ils creusent dans la neige, ne sortant que pour s’alimenter.

Régime alimentaire

A l'âge adulte, le tétras-lyre est strictement végétarien ; il se nourrit de bourgeons, feuilles, fleurs, graines et baies. L’hiver, il fait une grande consommation d’aiguilles de pins et de sapins. Durant leurs premières semaines de vie, les jeunes sont quasi exclusivement insectivores. Cette consommation élevée de protéines leur permet une croissance rapide pour atteindre en quelques semaines leur poids adulte. Au fil de l’été, leur alimentation s’enrichit petit à petit de végétaux et à l’automne ils seront eux aussi végétariens.

Cycle de vie

Durant l’hiver, ces oiseaux sont particulièrement fragiles. La nourriture qu’ils consomment compense juste leurs dépenses énergétiques. A partir d’avril, les premières parades pour la reproduction surviennent. Elles durent jusqu’à la fin mai. En juin, les poules établissent leur nid et couvent pendant 26 jours. Entre 6 et 10 jeunes peuvent naître. Selon les années et la météo, le succès de la reproduction peut être très variable. Ainsi, à la fin de l’été, il ne restera souvent que 1 ou 2 jeunes survivants. A l'automne, les oiseaux gagnent leurs quartiers d’hiver, parfois éloignés. Ils vivront alors sur une petite surface, parfois 1 ou 2 hectares leur suffisent pour attendre le retour du printemps.

Préservation

La préservation du tétras-lyre et de ses habitats fait partie des grands objectifs du Parc national du Mercantour, il est même cité dans la Charte du Parc. De nombreuses actions sont menées en sa faveur. En été, la mise en place de report de pâturage sur les alpages les plus favorables à la reproduction permet de préserver la nourriture et une strate herbacée suffisante pour camoufler la poule et ses poussins. Durant l’hiver, les animaux ont besoin d’une tranquillité maximale, ainsi, le Parc national met en place des zones de quiétude, matérialisées par des cordes et fanions pour demander aux randonneurs à skis ou à raquettes d’éviter ces sites où les oiseaux passent l’hiver. De plus, il accompagne les stations de ski de l’aire d’adhésion pour qu’elles mettent en place également ce type de dispositif, mais aussi pour qu’elles équipent les câbles de téléskis les plus dangereux pour les oiseaux. En effet, le tétras-lyre a un vol rapide et lourd et ne peut éviter ces obstacles au dernier moment, ils peuvent représenter une source de mortalité non négligeable. Un partenariat privilégié a été mis en place avec certaines stations dans le cadre du projet européen LIFE GypHelp.

Le tétras-lyre est une espèce chassable, tous les ans des quotas sont attribués par commune. Ils sont calculés en fonction des résultats des différents comptages qui ont lieu au printemps, pour déterminer la survie hivernale et en été, pour connaître le succès de reproduction.

Comment l'observer ?

C’est une espèce très discrète et de surcroît farouche. Vos observations se résumeront souvent à un envol fracassant à vos pieds ! La présence de l’animal se révèlera surtout grâce à ses crottes, en forme de cigarette courbée, brun-roux au bout souvent terminé par une pointe blanche. Celles-ci peuvent être trouvées en grand nombre sous les arbres dans lesquels l’oiseau aura passé l’hiver. Vous pouvez également entendre un roucoulement lointain caractéristique du chant des coqs.

Pour en savoir plus :

- Cahier « Tétras-lyre et pastoralisme en alpage »

- Projet GypHelp (actions en faveur de la conservation du Gypaète barbu mais également du Tétras-lyre)