Parc national du Mercantour
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Les combats de Roger

Roger Settimo devant sa cabane

Roger Settimo devant sa maison en Gordolasque. Photo par Eric Lenglemetz

 

 

Vous savez, je me suis battu physiquement 3 fois pour le parc. Pour des abus car quand le Parc n’existait pas, on pouvait tout y faire.

Un beau jour au Boréon, c’était le moment où les rhododendrons étaient fleuris et l’arrachage des fleurs marchait à plein tube. Tous les gens de Nice et de Cannes montaient là-haut pour faire des bouquets et montrer qu’ils avaient été en montagne. Une femme est arrivée à côté de moi avec un bouquet de rhododendrons, alors je lui ai dit :

- Madame, quand même…

- Ah mais c’est beau, dans ma maison.

- Mais non, dans votre maison, ça va faner tout de suite, ça ne supporte pas la chaleur. Madame, vous savez, le rhododendron il fait une pousse d’à peu près 3-4 millimètres par an. La longueur que vous avez là, entre les bras, vous avez 300 ans là. Il a fallu 300 ans pour cette plante pour en arriver à la longueur où elle se trouve là. Vous vous rendez compte un peu ? Si tout le monde faisait comme vous, est-ce que vous pensez que vous auriez vu un rhododendron aujourd’hui ?

Alors là, elle m’a dit : "Ecoutez Monsieur, je suis désolée, je ne le savais pas. Je vous assure, je ne le ferai plus."

 

La deuxième fois où je me suis battu, c’était au Boréon, pour une histoire d’oiseau.

Avec deux de mes amis, qui étaient comme moi des naturalistes de terrain, on avait certains endroits au Boréon pour faire des comptages comme il faut. On avait fait un abri pour se dissimuler correctement et trois jours par semaine, cet endroit était surveillé. Un jour-là, j'étais tranquille dans mon abri et j’entends : tssssss, une scie ! Je me rends donc à l’endroit où j’entendais le bruit. Et là, je vois un gars, qui était dans un sapin, en train de scier des branches. Je lui dis : "Qu’est-ce que vous faites là ?"

Il me répond : "J’ai trouvé un beau nid avec les oisillons dedans, alors je suis en train de couper les branches autour pour le mettre au soleil, pour faire de bonnes photos."

Alors là, je lui dis : "Mais monsieur, si ce nid a été fait dans un endroit bien dissimulé, c’est pour le mettre à l’abri du mauvais temps et des prédateurs."

Il me dit : " Ne m’emmerdez pas avec vos histoires, moi je suis photographe professionnel, je dois faire les meilleures photos possibles pour les vendre. Alors ces considérations-là ne m’intéressent pas du tout!"

J’ai dit : "Mais moi ça m’intéresse et ça me choque. Descendez !"

Je suis monté le chercher, on a commencé à se battre là-haut, puis on est tombé par terre. Je n’ai pas réfléchi au fait que je pouvais tomber sur un type beaucoup plus costaud que moi, qui m’aurait filé une bonne raclée. Ca a été le contraire. Chaque fois, je suis tombé sur un type moins combatif que moi. C’est lui qui a pris une raclée et pas moi. Ce jour-là, j’ai fait du dégât. Il avait un Hasselblad 66, il devait y en avoir pour 70 ou 80 000 francs. J’ai attrapé ça. Pan ! Pan ! De la ferraille ! Et puis je lui ai dit : "Maintenant, vous savez ce que vous faites ? En redescendant du Boréon, vous passez à la gendarmerie de Saint-Martin-Vésubie et vous allez déposer une plainte. Et je vous assure, si jamais un jour vous remontez ici, alors c’est vous qui allez redescendre entre quatre planches". Il n’a jamais été porté plainte. Après j’ai remis les branches en place autour du nid, comme je pouvais…

 

Recueil de témoignage par Noëlie Pansiot.