Parc national du Mercantour
-A +A
Share

Jean-Paul Mandine

Vallée du Haut-Var

Garde-moniteur au Parc national du Mercantour

« J’ai le souvenir de cette phrase de ma mère, qui m’est restée gravée :
c’est pas en regardant les chamois aux jumelles que tu gagneras ta vie. »

Jean-Paul Mandine

Portrait par Eric Lenglemetz
Recueil de témoignage par Noëlie Pansiot

 

Souvenirs d'enfance

Je suis né dans une ferme isolée à Entraunes, dans le petit hameau d’Estenc.

 

La faune du Mercantour

Enfant et même quand j’ai commencé au Parc, quand on allait en montagne et qu’on voyait un chamois, on descendait au village et on le racontait aux gens. Maintenant on en voit 30, 40, 50 dans la journée dans le Parc, cela paraît normal à tout le monde ! A l’époque, il n’y avait pas non plus de cerf, de chevreuil, de vautour fauve, de gypaète, de bouquetin. Aujourd'hui, avec 1000 chamois sur la commune, ce n’est plus vraiment un scoop d’en voir un et tout cela grâce au travail du Parc.

Je me souviens aussi des réintroductions de bouquetins... Nous étions très fiers d’être les gardes qui avions capturé, lâché, ouvert la caisse… Cela ne faisait que 7 ans que le Parc était là et pour nous c’était vraiment une action concrète, quelque chose d’exaltant.

Quand tu ouvres la porte de la caisse, que l’animal bondit et que tu le vois comme ça, monter dans la montagne. Tu te dis « Ouf, là on y est ! ». Et puis après, il y a les jours qui suivent, les questions sans réponse : est-ce que je vais les revoir ? Est-ce qu’ils vont s’installer ? Est-ce qu’ils vont faire des petits ? Est-ce qu’ils vont encore être là en hiver ou bien partir ? Est-ce qu’ils vont mourir ? Et pendant toutes les années qui ont suivi, c'était toujours un sujet de passion. 

Il y a aussi eu avant et après le loup. Quand il est arrivé, il a fallu repartir à zéro dans nos relations avec les bergers, les éleveurs, les élus, les chasseurs… Encore maintenant cela reste compliqué, avec des visions souvent très fausses de l’animal : les crocs qui brillent, la bête du Gévaudan, l’animal mystérieux qu’on ne voit jamais, Croc blanc de Jack London dans les grands espaces canadiens.... De mon côté, même si cela a été difficile, la question du loup m’a passionné. Le fait de voir une trace dans la neige, de trouver une carcasse de mouflon, d’entendre un loup hurler la nuit, tout cela donne une autre dimension à la montagne. Et c’est pourquoi même encore maintenant, le sujet reste pour moi toujours aussi palpitant.