Parc national du Mercantour
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Site archéologique du col de Tende

Situé sur la commune de Tende, à l’est du département des Alpes-Maritimes, le col de Tende a toujours été un lieu de passage incontournable entre la France et l’Italie et, plus particulièrement, entre la côte liguro-provençale et le Piémont italien. Plus qu’un col ordinaire c’est bien d’un important lieu archéologique dont il s’agit.

 

Le site du Col de Tende a été découvert en 1994 par L. Mano, conservateur du musée municipal de Cuneo (Italie), à l’occasion d’une recherche sur les voies de passage entre la Ligurie et le Piémont. Au passage du col (1871 m) se trouvaient, dans les déblais de travaux routiers, une dizaine de monnaies antiques et des tessons de céramique datés de l’âge du Fer à l’Antiquité tardive.

Plusieurs opérations de sondage (1997), de prospection (2003) ou de sauvetage (2008) ont confirmé la présence d’un site installé au sommet d’une butte qui surplombe de 3 m la route actuelle, caractérisé par un niveau archéologique de 10 à 15 cm d’épaisseur riche en mobilier (céramique, monnaies, faune calcinée, métal, charbons, perle de verre). En raison de son emplacement, en bordure d’une voie très fréquentée, et de sa richesse en monnaies, le site a fait l’objet de nombreux pillages et de travaux d’affouillement destructeurs. Il a donc été décidé de réaliser une opération de fouille programmée afin d’étudier cette occupation avant qu’elle ne disparaisse.

L’opération, d’une durée de deux semaines, s’est déroulée en juin et août 2011, en collaboration avec le Musée départemental des Merveilles à Tende et le Parc national du Mercantour. Le sommet de la butte a fait l’objet d’un décapage à la pelle mécanique, afin d’atteindre les niveaux archéologiques et de délimiter l’emprise du site.

Vue de la fouille organisée par les équipes de la DRAC au col de Tende

Vue de la fouille organisée par les équipes de la DRAC au col de Tende, par Musée des Merveilles / CD06

 

Une tranchée résultant de l’occupation militaire récente des lieux a été ré-ouverte et plusieurs autres ont été réalisées afin de vérifier l’extension du site et de documenter ses abords. Le cœur du site a ensuite été fouillé manuellement. Il s’agit d’un espace d’une superficie totale de 50 m² environ, délimité au nord par la « coupe » résultant des travaux routiers évoqués plus haut. Les différents aménagements sont inclus dans un niveau sablo-limoneux noir, riche en charbons. Les aménagements les plus marquants sont regroupés dans la partie ouest du site ; il s’agit d’une construction de pierres en calcaire blanc, occupant environ 4 m², contiguë à deux dalles de calcaire formant une base rectangulaire, contre laquelle une vasque rectangulaire en pierre (0,40 × 0,28 m) était posée. L’analyse des prélèvements réalisés au fond et sur les parois de la vasque a mis en évidence la présence de traces de matières grasses d’origine animale, d’huiles végétales et de cire d’abeille. Ce secteur est également marqué par une forte concentration de mobilier : monnaies, céramique (nombreux fragments de petits vases ovoïdes à fonction sans doute votive), lance en fer, fibule en bronze argenté et émaillé du Ier ou IIème siècle de notre ère ; l’ensemble est daté du Ier au IVème siècle de notre ère. Le secteur oriental présente également un niveau noir riche en mobilier, essentiellement céramique et faune ; peu d’aménagements, en revanche, étaient encore en place. Un petit foyer en cuvette, installé contre un rocher, a livré un remplissage très charbonneux. Le mobilier céramique est ici de datation plus ancienne (second âge du Fer).

 

Fouilles archéologiques au cœur du sanctuaire

Fouilles archéologiques au cœur du sanctuaire, par I.Lhommedet/PNM

 

Enfin, la fréquentation du site à l’époque moderne est attestée par différents mobiliers retrouvés à son extrémité nord-ouest (monnaie italienne de la deuxième moitié du XIXème) et dans sa partie sud, où deux tranchées ont mis en évidence un niveau de circulation et des trous de poteaux datés par des objets (balles de mousquets) du XVIIème au XIXème siècle, à mettre en rapport avec l’occupation militaire des lieux.

À ce stade des recherches, il est certain que nous avons affaire à un sanctuaire lié au passage du col, fréquenté au moins dès le deuxième âge du Fer et jusqu’à la fin de l’Antiquité. Même si l’organisation générale du site, dont seule une petite partie était conservée, nous échappe, la concentration et la nature des mobiliers autour des principaux aménagements ne laisse aucun doute sur leur caractère d’offrandes.

Des fouilles complémentaires sont programmées et devraient donner de nouvelles informations sur ce dépôt votif emblématique dans les Alpes du Sud.

Monnaies romaines découvertes lors des fouilles

Monnaies romaines découvertes lors des fouilles, par Musée des Merveilles / CD06

 

Travaux réalisés en collaboration avec le Musée départemental des Merveilles et le SRA PACA, dans le cadre du PIT Mercantour-Alpi Marittime.

Textes de F. Suméra, D. Lavergne, F. Trial.