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Lac de Scluos : mieux comprendre pour mieux préserver et restaurer les lacs d'altitude

Au cœur du Parc national du Mercantour, le lac de Scluos fait l'objet d'un important programme de restauration écologique et de suivi scientifique.

Ce projet vise à mieux comprendre le fonctionnement des lacs d'altitude et les conséquences que certaines activités humaines peuvent avoir sur ces milieux naturels particulièrement sensibles. Il repose sur une approche scientifique pluridisciplinaire associant écologues, hydrobiologistes, gestionnaires d'espaces naturels et acteurs du monde de la pêche.

Au-delà du seul lac de Scluos, cette démarche contribue à enrichir les connaissances sur l'ensemble des écosystèmes aquatiques de montagne et à mieux préparer leur restauration, leur spréservation dans un contexte de changement climatique.

Les lacs de montagne : des écosystèmes fragiles

Les lacs d'altitude comptent parmi les milieux naturels les plus remarquables du Mercantour. Derrière l'apparente simplicité de ces paysages se cache une biodiversité discrète mais essentielle : microalgues, zooplancton, insectes aquatiques, amphibiens et de nombreux autres organismes y trouvent refuge.

Ces écosystèmes fonctionnent selon des équilibres complexes. Les eaux y sont froides, pauvres en éléments nutritifs et souvent recouvertes de glace plusieurs mois par an. Dans ces conditions, les évolutions biologiques sont lentes et les perturbations peuvent avoir des effets durables.
 

Une histoire liée aux activités humaines

Contrairement à une idée reçue, de nombreux lacs d'altitude des Alpes étaient naturellement apiscicoles, c'est-à-dire dépourvus de poissons.

Après la dernière glaciation, il y a environ 12 000 ans, beaucoup de ces lacs sont restés isolés par des cascades ou des reliefs infranchissables empêchant toute colonisation naturelle.

 

À partir de la fin du XIXᵉ siècle et tout au long du XXᵉ siècle, différentes espèces de poissons ont été introduites dans de nombreux lacs de montagne afin de développer la pêche de loisir. Certaines introductions concernaient des salmonidés, notamment des truites régulièrement alevinées. D'autres espèces, comme le vairon ou le gardon, ont également été introduites dans certains lacs. Ces espèces présentent aujourd'hui une forte capacité de colonisation et peuvent modifier le fonctionnement des écosystèmes lorsqu'elles s'installent durablement. Ces introductions ont créé de nouvelles interactions avec la faune déjà présente et parfois modifié les chaînes alimentaires.

 

Aujourd'hui, les scientifiques cherchent à mieux comprendre s’il est possible de corriger ces impacts pour revenir à un fonctionnement plus naturel et de connaitre les conséquences de ces changements et les trajectoires possibles de ces milieux lorsque certaines espèces introduites diminuent ou disparaissent.

Le saviez-vous ?

La plupart des lacs d'altitude des Alpes ne contenaient naturellement aucun poisson.

Pourtant, ils abritaient déjà une biodiversité riche et spécialisée composée de plancton, d'insectes aquatiques, d'amphibiens et de nombreux micro-organismes.

 

Aujourd'hui encore, certains lacs alpins ont conservé cet état naturel et constituent de précieux témoins du fonctionnement originel des écosystèmes de montagne.

 

Pourquoi restaurer le lac de Scluos ?

Le lac de Scluos a été retenu comme site pilote pour  restaurer un fonctionnement plus naturel et étudier les mécanismes écologiques à l’œuvre après cette restauration.

 

L'objectif du projet n'est pas de recréer un passé idéalisé ni de figer la nature, mais de mieux comprendre le fonctionnement d'un écosystème de montagne lorsqu'il retrouve progressivement certaines de ses caractéristiques naturelles, c’est-à-dire en retirant les vairons et gardons introduits par l’homme.

 

Cette démarche s'inscrit dans un contexte plus large de préservation et de restauration des écosystèmes dégradés. À l'échelle européenne, ces enjeux occupent aujourd'hui une place croissante, notamment avec l'adoption du règlement européen sur la restauration de la nature.

 

Dans le Mercantour, cette réflexion ne date toutefois pas d'aujourd'hui. Depuis plusieurs années, le Parc national conduit un travail de fond sur les lacs d'altitude. Celui-ci a notamment conduit à l'arrêt des alevinages sur certains lacs et à une réflexion approfondie sur les interactions entre poissons introduits et biodiversité aquatique.

 

Ces orientations ont été examinées au sein du Conseil scientifique puis du Conseil d'administration du Parc national, en concertation avec les différents partenaires concernés.

 

Le projet de Scluos s'inscrit dans cette continuité. Il constitue une opportunité unique d'observer, sur le long terme, la manière dont un lac d'altitude évolue lorsque certaines pressions anthropiques historiques diminuent progressivement.

 

Les poissons constituent une partie de l'étude, mais ils ne sont qu'un maillon d'un écosystème beaucoup plus vaste.

 

Les lacs d'altitude constituent de véritables sentinelles de l'environnement. Leur petite taille, leur isolement et leur sensibilité en font des milieux particulièrement révélateurs des changements qui affectent les montagnes.

 

Comment se déroule la restauration ?

L'une des composantes du projet consiste à réduire progressivement les populations de vairons et de gardons présentes dans le lac.

Pour cela, plusieurs techniques complémentaires sont utilisées : nasses, filets et pêche électrique lorsque les conditions le permettent.

 

Ces opérations sont réalisées selon des protocoles validés scientifiquement et adaptés aux contraintes de la haute montagne.

 

Les truites fario présentes dans le lac sont quant à elles conservées afin de maintenir une pression de prédation naturelle sur les espèces introduites. Leur reproduction n'étant pas possible sur ce site, elles disparaîtront progressivement par mortalité naturelle.

 

L'objectif n'est pas seulement d'agir sur les poissons mais d'observer la réponse de l'ensemble de l'écosystème à ces changements.

 

Les campagnes de terrain permettent également de collecter de nombreuses données qui serviront à évaluer les trajectoires écologiques du lac dans les années à venir.


Observer l'ensemble du vivant sur le long terme

Les opérations menées aujourd'hui au lac de Scluos ne constituent qu'une étape d'un programme scientifique qui s'inscrit dans la durée.

Car l'évolution d'un lac d'altitude se mesure sur plusieurs années, voire plusieurs décennies. Les réponses des écosystèmes sont souvent lentes et nécessitent un suivi régulier pour être correctement comprises.

 

Les chercheurs s'intéressent notamment :

 

• aux poissons présents dans le lac ;
• au phytoplancton ;
• au zooplancton ;
• aux insectes et autres invertébrés aquatiques ;
• aux amphibiens ;
• aux paramètres physico-chimiques de l'eau ;
• aux interactions entre toutes ces composantes.

 

Température, oxygène dissous, transparence de l'eau, nutriments ou encore dynamique du plancton constituent autant d'indicateurs qui permettent de mieux comprendre l'évolution du lac et la qualité de ses eaux.

 

Cette vidéo présente principalement les suivis liés aux poissons et à la restauration écologique. Les prochaines vidéos s'intéresseront plus particulièrement au plancton, aux amphibiens, aux invertébrés aquatiques ainsi qu'au fonctionnement physico-chimique du lac. Ces paramètres jouent un rôle déterminant dans la qualité de l'eau et le fonctionnement global de l'écosystème.

 

Car lorsqu'un équilibre écologique se modifie, ce n'est jamais une seule espèce qui change. Les relations entre les organismes évoluent, les chaînes alimentaires se réorganisent et de nouveaux équilibres apparaissent progressivement.


Une démarche encadrée sur le plan éthique

Le projet de Scluos a été construit en concertation avec les partenaires concernés.

 

Toutes les opérations sont réalisées dans le respect de la réglementation en vigueur et selon des protocoles validés scientifiquement.

Les captures accidentelles sont limitées autant que possible et les représentants du monde de la pêche ont été associés à la réflexion dès les premières phases du projet.

 

Cette démarche ne vise pas à remettre en cause l'histoire de la pêche en montagne ni les pratiques actuelles. Elle cherche avant tout à améliorer les connaissances scientifiques sur le fonctionnement des lacs d'altitude.

 

Cette expérimentation est unique dans le Mercantour et n'a pas vocation à être reproduite systématiquement sur d'autres lacs.

 

Les partenaires du projet

Le projet de restauration écologique du lac de Scluos mobilise de nombreux acteurs scientifiques, techniques et institutionnels autour d'un objectif commun : mieux comprendre le fonctionnement des lacs d'altitude et contribuer à la préservation de leur biodiversité.

 

Porté par le Parc national du Mercantour, il s'appuie notamment sur l'expertise de l'Office français de la biodiversité (OFB), de l'IMBE, d'Aix-Marseille Université, d'Université Côte d'Azur, de la Fédération des Alpes-Maritimes pour la pêche et la protection du milieu aquatique ainsi que de la Fédération nationale de la pêche en France.

 

Le projet bénéficie du soutien financier de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, qui accompagne les actions visant à améliorer les connaissances sur les milieux aquatiques et à préserver leur bon fonctionnement écologique.

 

Le projet en chiffres

📍 Lac situé en cœur du Parc national du Mercantour

🏔️ Environ 2 100 mètres d'altitude

🌊 Environ 1 hectare de superficie

📏 7 mètres de profondeur maximale

🔬 Plusieurs années de suivis scientifiques

🦎 Suivi des amphibiens, invertébrés, plancton et qualité de l'eau

🤝 Un large partenariat scientifique et technique

📈 Un suivi qui se poursuivra plusieurs années après les opérations de restauration

 

Mieux connaître pour mieux préserver

Le lac de Scluos est aujourd'hui un véritable laboratoire à ciel ouvert.

 

Les observations réalisées sur ce site permettent d'améliorer notre compréhension des écosystèmes de montagne et de leur capacité d'évolution face aux changements environnementaux.

 

Les connaissances acquises alimenteront les réflexions futures du Parc national du Mercantour sur la gestion des lacs d'altitude et contribueront plus largement aux démarches de restauration écologique engagées à différentes échelles.

 

Car préserver un milieu naturel commence toujours par une meilleure connaissance de son fonctionnement.

C'est tout le sens du projet engagé au lac de Scluos.