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Vallée de l'Ubaye

Gérante du gîte étape « Le Refuge »

« On a instauré la règle de déconnecter le wifi pendant le repas parce que c’est justement le moment de convivialité. »

Camille Sappia

Portrait par Eric Lenglemetz
Recueil de témoignage par Noëlie Pansiot

 

Chez nous

Chez nous, les gens arrivent avec leur sac sur le dos. Certains sont partis depuis très longtemps, d’autres moins, ils sont tous un petit peu dans une aventure. Ils arrivent donc chez nous, posent leurs sacs et trouvent un endroit chaud, qu’on essaie de rendre accueillant. Ils vont pouvoir se restaurer, bien manger -parce qu’on attache une importance particulière à ce point- et reprendre des forces pour repartir à l’aventure le lendemain. On essaie d’accompagner les gens à notre niveau pour leur permettre de faire des grandes choses.

On voit surtout des gens déconnectés de la réalité. Les présentations sont très simples et souvent la discussion s’engage quand ils arrivent tôt dans l’après-midi et qu’on a un petit peu de temps à leur consacrer. Ces gens, partis depuis longtemps, ont plein de choses à nous raconter. 

Ils marchent tous les jours, voient tous les jours des paysages différents et en même temps, ils ont cette capacité à s’émerveiller de chaque étape.

Il n’y a pas longtemps, un randonneur m’a dit, : « nous, on a pas grand chose à faire, on a juste à marcher, manger et dormir ». Marcher, ça leur appartient, mais manger et dormir, c’est quelque chose qui nous concerne nous, parce que c’est moi qui fait la cuisine au gîte et j’y apporte vraiment une attention toute particulière. J’essaie de faire en sorte que le repos soit le plus réparateur possible… pour repartir. 

 

Donner du sens aux choses

C’est une étape importante. Moi, je suis gourmande, je suis relativement bonne cuisinière, je me suis formée pour ça et je sais que c’est très important pour les randonneurs de bien manger. On peut aussi leur ouvrir l’esprit, amener d’autres choses.

Alors on veille à se fournir au maximum en produits locaux, bio si possible. On explique aussi qui sont nos producteurs, où on se sert.

Dans l’été, souvent au mois d’août, on a une clientèle très citadine. Les gens sont contents de manger des produits locaux. C’est peut-être une ouverture d’esprit pour eux, de leur montrer qu’il y a pas que le supermarché, qu’il y aussi des producteurs. On fait le compost dans le gîte, on fait aussi trier les déchets. Ca permet de faire de la sensibilisation à l’environnement. 

Je pense qu’on plante peut-être des graines dans la tête des gens, dans le sens où on accueille plein de monde, des gens qui nous ressemblent, mais aussi beaucoup de gens qui vivent à cent à l’heure. La première chose qu'ils demandent, quand ils arrivent dans le gîte, c’est le code wifi pour se connecter et reprendre contact avec la vie, la vie réelle. On a installé la wifi il n'y a pas très longtemps dans le bâtiment et on s’est rendu compte que des fois, les gens étaient tous à table ensemble, mais sur leur téléphone. Du coup, on a instauré la règle de déconnecter le wifi pendant le repas parce que c’est justement le moment de convivialité. Souvent l’été, on a beaucoup de gens en petit groupes, seuls ou à deux. On les fait donc manger tous ensemble sur des grandes tables. Et l’idée, et c’est ce qu’on aime, c’est qu’ils discutent, qu’ils partagent ce qu’ils ont vécu dans la journée, ce qu’ils ont vu, qu’ils se donnent des conseils ou pas, mais en tout cas qu’ils partagent un bon moment. 

On se casse la tête à leur faire des petits plats, si c’est pour qu’ils aient tous leur nez dans le téléphone portable, ce n’est pas la peine !


Source URL: https://www.mercantour-parcnational.fr/des-decouvertes/les-40-ans-du-parc/paroles-et-visages-du-mercantour/camille-sappia