Parc national du Mercantour
-A +A
Share

Gaël Eyssautier

Haute vallée du Var

Eleveur et berger

« Au mois de juin, je n’ai qu’une hâte, c’est de monter à la montagne. »

 

Gaël Eyssautier

Portrait par Eric Lenglemetz
Recueil de témoignage par Noëlie Pansiot

 

J’ai toujours baigné là-dedans : mes parents étaient agriculteurs, ils avaient des vaches. Et moi, depuis petit, j’aime bien les brebis. Quand j’ai fini ma troisième, en sortant du collège, j’ai dit que je ferai le lycée agricole. Et c’est ce que j’ai fait.

 

Être berger

Je dis souvent aux gens qu’être berger, c’est plus une passion qu’un métier en fait, parce que c’est quelque chose que j’ai toujours voulu depuis que je suis petit. Et c’est vrai que ce qui me passionne le plus, c’est la montagne. C’est là où on se sent le mieux et même s’il y a du travail, on n’a pas l’impression que ça en soit. Quand on est ici, on se sent bien, on ne voit pas passer le temps, on ne voit pas passer les journées. Souvent, c’est vrai qu’on est assez seul et c’est là qu’on se rapproche le plus des bêtes et qu’on profite vraiment de l’espace et de la relation qu’on a avec nos animaux et tout ce qui nous entoure. On coupe vraiment avec notre vie qu’on a en bas, notre vie de tous les jours. Ici, on ne se prend pas la tête, on ne regarde pas l’heure, on vit au fil de la journée, au rythme des bêtes aussi surtout.

On peut commencer très tôt le matin, dès que le jour se lève, finir très tard le soir parce que l’été, les journées sont relativement longues. Mais en fait, c’est la plus belle des choses qu’on peut vivre. 

Petit, je regardais toujours le troupeau de moutons de loin, quand on voit cette masse, le nombre de bêtes, le berger qui gère tout seul cet immense troupeau juste avec quelques chiens. Je me disais toujours, c’est magique, peut-être qu’un jour, ce sera toi. Et aujourd’hui c’est moi et voilà, je suis le plus heureux quand je suis ici.

 

Monter à la montagne

Au mois de juin, je n’ai qu’une hâte, c’est de monter à la montagne. Au plus tôt on monte, au mieux on se sent. Et moi je dis toujours que ce n’est pas que pour nous, ce sont les bêtes aussi. Je dis souvent aux gens que quand les bêtes entendent arriver le camion, qu’on commence à mettre les sonnailles, elles commencent à bêler. Et puis on n’a pas besoin de les forcer pour monter dans le camion, elles savent qu’elles vont en montagne et elles montent seules. Je trouve ça magnifique que les bêtes, de suite, comprennent quand on les prépare vraiment pour la montagne, et qu’après elles y aillent volontiers.

 

Un souvenir

Si j’avais un souvenir à raconter, c’est celui d’où est partie ma passion. J’étais jeune, j’avais 7-8 ans. Il y a une brebis qui est venue en plein milieu du troupeau de vaches, parce qu’on avait le troupeau de moutons à côté. Elle ne l’a plus jamais quitté. Elle est toujours restée au milieu des vaches alors que le troupeau de moutons était à peine 100 mètres plus loin et passait à côté tous les jours. Elle ne l’a jamais rejoint et petit à petit, alors qu’elle était sauvage, j’ai réussi à l’apprivoiser. A la fin de la montagne, le propriétaire m’a dit : « Comment on fait ? Tu veux la garder ? » Parce que c’était presque ma copine de la montagne, je l’avais apprivoisée, elle me mangeait dans la main, elle me suivait partout  alors qu’au début, je n’arrivais même pas à l’approcher. Et donc on l’a gardée. On l’a descendue avec nous dans la voiture et ça a été ma première brebis. C’est de là qu’est parti en fait tout mon métier. A l’automne, elle m’a fait l’agneau. De un, on est vite passé à deux. Et puis chaque année, ça a grandi et aujourd’hui, on en a 800 !